Billet d'humeur

Le réveil

21 novembre 2018

Petites et grandes précautions :


Le traumatisme lié à une mastectomie n’est pas le même selon s’il y a une reconstruction immédiate ou pas.


Et ce n’est pas parce qu’il y a une reconstruction immédiate que l’on se sent immédiatement soulagée, en paix, rassurée prête à danser la salsa avec sa nouvelle poitrine. Autrement dit, vous avez le droit de répondre sèchement à une personne qui vous dit  » ah oui, tu t’es fait refaire les seins en fait !  » (Parfois, certaines personnes atteignent des sommets en bêtise) . Ce n’est pas une chirurgie plastique esthétique, c’est une chirurgie réparatrice suite à un traumatisme psychologique et corporel.


Suite à l’opération, dans le cas d’une reconstruction immédiate, il y a quelque chose à la place du sein enlevé : une forme, un volume, une symétrie (uniquement en position allongée, je préfère le préciser…), même s’il ne s’agit pas du sein d’avant l’intervention. Seulement, le cerveau peut avoir louper une marche. Lui qui a vécu avec une forme, se réveille avec une forme…
Au réveil, j’avais bien intégré que j’avais subi une mastectomie (la présence de pansements, la perfusion, la surveillance rapprochée m’ont laissé quelques indices tout de même),  mais mon cerveau n’a pas été directement confronté à la mutilation. Un petit flou artistique renforcé par les forts antidouleurs administrés peut vous laisser penser qu’un tour de magie a eu lieu. Que tout va bien. Vous êtes en plus shootés, aussi vous êtes à la limite du zen (pour un petit temps).Vous regardez le draps au dessus de votre poitrine … il y a bien 2 formes. Donc ouf, vous avez votre poitrine ! Vous regardez en dessous du draps. Oui, ça semble pas mal (Genre, je viens de faire une chirurgie esthétique). Seulement, votre niveau de lucidité n’est pas des meilleurs à ce moment-là et tout est caché par des pansements. Bref, tout laisse à penser que tout va bien.


Mais votre corps lui sait…. 


Votre cerveau peut être dans une forme de déni. Il y a une sorte de répit qui dure peu de temps. L’illusion s’effondre lorsque la première douleur vient vous taquiner et lors des changements de pansements.

Puis, le rideau tombe totalement (cela peut durer quelques jours parfois) lorsque vous émergez et que vous avez compris et parfaitement intégré que vous aviez un cancer et qu’une destruction était en cours. S’en suit une phase où les pleurs, les incertitudes, la douleur psychologique est importante. Vous avez perdu un membre, un être cher. Vous avez subi une mutilation. Lors des changements de pansements, vous regardez et comprenez que votre sein n’est plus votre sein. 

Comprendre que vous avez tué un cancer permet l’acceptation du sacrifice de la partie malade. Et c’est malheureusement et heureusement là que le processus de guérison peut commencer.